Billet de blog

Kookploeg Gent Solidair - La cuisine, colle universelle de la société

Quand cuisiner rime avec solidarité

Chez Amplo, nous sommes régulièrement en contact avec des organisations et des associations plutôt encourageantes. Avec créativité, elles œuvrent pour la bonne cause. De Kookploeg - Gent solidair en est le parfait exemple. Nous sommes entrés en contact avec elle en établissant les contrats pour leur community manager. Ann et Bert, les inspirateurs et coordinateurs du projet, nous expliquent ce beau projet basé sur la cuisine solidaire.

De Kookploeg - Gent solidair, c’est quoi ?

Bert - Le projet a vu le jour en 2020, lors du premier confinement, à partir du Gents solidariteitsfonds voor moeilijke tijden (Fonds de solidarité de Gand pour les temps difficiles, ndlr). Nous avons remarqué que de nombreux bénévoles organisaient des actions solidaires autour de la cuisine, un peu au hasard. Alors, nous avons essayé de structurer tout cela et de faire parvenir les repas aux bons groupes cibles, de manière sûre. Nous avons commencé à travailler avec des partenaires qui faisaient déjà de la distribution alimentaire ou d'autres aides d'urgence. Ces gens étaient à la fois en contact avec le groupe cible et aptes à distribuer les repas. Nous avons fait 10.000 repas en trois mois et demi.

Ann - De Kookploeg repose sur deux piliers : la préparation de repas sains destinés aux personnes qui n'ont pas les moyens de s’en procurer et la solidarité. Nous essayons d'y parvenir en expliquant aux bénévoles l'organisation pour laquelle ils cuisinent. Mais aussi à travers certains projets. L'une des organisations où nous intervenons est Klaprozen vzw, un refuge pour les jeunes filles mineures victimes du proxénétisme des loverboys. Ces filles cuisinent à leur tour pour les réfugiés de Hand-in-Hand et leur apportent ces repas. De cette façon, nous assurons une solidarité réciproque.

De Kookploeg repose sur deux piliers : la préparation de repas sains destinés aux personnes qui n'ont pas les moyens de s’en procurer et la solidarité réciproque. (Ann)

Recevoir et donner à son tour.

Après ce démarrage plutôt spontané, vous avez pris le temps de développer le concept et de créer une organisation à but non lucratif. Avez-vous rencontré des obstacles ?

Bert - Oui. Lors du premier confinement, les bénévoles ont cuisiné depuis chez eux et il s'est avéré que ce n'était pas autorisé en Belgique. Tout doit être fait dans des cuisines agréées par l’AFSCA (NDLR : Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire). Depuis, nous travaillons avec nos bénévoles dans des cuisines agréées, par exemple à Victoria Deluxe, et nous essayons de préparer 1.000 repas par mois. Cela ne répond certainement pas (encore) à tous les besoins mais nous dépendons de dons et travaillons avec des bénévoles.

Ann - On nous demande souvent pourquoi nous ne travaillons pas avec les excédents alimentaires. Il y a tellement de réglementations en jeu que ce n'est pas encore possible.

Bert - Oui, nous allons faire les courses en magasin et ces denrées vont directement dans la marmite. C'est l'option la moins risquée pour le moment. Nous avons déjà constaté que certaines associations qui travaillent avec des excédents alimentaires font l'objet d'un contrôle, sont condamnées à de lourdes amendes et doivent ensuite cesser leurs activités. Nous ne voulons pas prendre ce risque.

Quelle est la clé du succès ?

Ann - La cuisine est quelque chose de très accessible, tout le monde peut faire quelque chose. En organisant la préparation de repas solidaires, c’est comme si nous fournissions de la colle à la société. Une colle qui rassemble, crée le lien entre les organisations et les groupes cibles mais aussi entre les différentes cultures. Notre succès est peut-être aussi dû au fait que nous avons grandi de manière organique, tout a été fait avec cœur et nous n'avons pas encore de subventions. Nous sommes plus indépendants et plus agiles car nous n'avons pas à respecter des chiffres ou des indicateurs. Nous voulons également éviter que les autres organisations nous considèrent comme des concurrents, nous travaillons de manière complémentaire. C'est une attitude très constructive qui ouvre de nombreuses portes.

En organisant la préparation de repas solidaires, c’est comme si nous fournissions de la colle à la société. Une colle qui rassemble, crée le lien entre entre les organisations et les groupes cibles mais aussi entre les différentes cultures. (Ann)

Bert - La cuisine rapproche les gens. Beaucoup de gens cuisinent d'une manière différente, simplement avec des épices différentes. C'est ce qui rend le travail si agréable, on apprend constamment de nouvelles recettes. Depuis le début, nous avons toujours dit : tout le monde est le bienvenu. Nous livrons à tous ceux qui en ont besoin, quelle que soit leur idéologie. C'est apprécié. Nous préparons en outre par défaut des repas halal et végétariens. On peut facilement cuisiner de très bonnes choses, accessibles à tous.

La cuisine rapproche les gens. (Bert)

Ann - Nos bénévoles veulent aussi faire quelque chose de concret et préparer des repas est une chose concrète. Vous retroussez vos manches et à la fin de la soirée, vous voyez le résultat.

Vous retroussez vos manches et à la fin de la soirée, vous voyez le résultat. (Ann)

Quelle a été pour vous la meilleure expérience jusqu'à présent ?

Ann - Pour moi, c'était ‘De langste Iftar tafel’. Cette année, pendant le Ramadan, nous avons travaillé avec l'équipe de cuisine en collaboration avec Burgerplicht, une auto-organisation pour et par la communauté turque, avec Voem (Association pour le développement et l'émancipation des musulmans) et avec la mosquée Tehvid dans le quartier de Bloemekens. Nous cuisinions des plats en plus des repas mensuels standard et les livrions ensuite sur place. D'autres organisations sociales nous disent qu'elles ne pourraient pas aller et venir comme ça dans une mosquée. Nous y parvenons grâce à la cuisine car la nourriture est un lien universel. J'avais déjà l'habitude de cuisiner à ‘la plus longue table d'Iftar’ et pendant que vous coupez des légumes ou remuez une casserole, les histoires personnelles surgissent. C'est ça, le pouvoir de cuisiner ensemble.

Cuisiner ensemble, c’est aussi se rencontrer.

Comment se profile l'avenir de De Kookploeg ?

Ann - Nous avons encore beaucoup de projets et d'idées !

Bert - Nous avons beaucoup de choses dans le pipeline. Il est également important pour nous de rester stables. Nous sommes devenus une organisation à but non lucratif en janvier et nous constatons que tout fonctionne bien maintenant. Le côté opérationnel fonctionne, nous avons 98 bénévoles et nous avons des employés qui s'occupent de la planification, de la collecte de fonds et quelqu'un qui gère les réseaux sociaux. Mais nous voulons aussi nous impliquer dans des projets pour que De Kookploeg soit plus qu'une simple cuisine. Ce projet est prometteur.

Ann - Nous nous joignons à toutes sortes d'actions, comme la Refugeewalk. Nous voulons offrir un soutien supplémentaire aux groupes cibles auxquels nous livrons des repas. Et nous voulons aussi sensibiliser la population et militer auprès des politiques, du gouvernement.

Bert - Oui, par exemple, nous voyons que beaucoup de gens sont encore exclus des restaurants sociaux. Nous tenons à souligner que 3 euros (le tarif minimum) est souvent trop élevé. Et, pour bénéficier de ce tarif minimum, on a généralement besoin d'un ‘IUTpas’, ce qui n’est pas possible pour tout le monde, notamment pour les personnes sans papiers ou adresse officielle.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui souhaitent mettre en place une initiative similaire ?

Bert - Pour moi personnellement, la principale leçon a été “plus forts ensemble”. Nous nous sommes développés à partir d'un fonds de solidarité et nous avons vu ce que l'on peut réaliser en collaborant avec 14 organisations à but non lucratif. Alors je conseillerais d’essayer de trouver des partenaires sur lesquels vous pouvez compter. Vous devez également faire preuve de modestie et écouter les personnes expérimentées dans le domaine. Une attitude modeste et ambitieuse.

Ann - Savoir ce qui se passe avec les groupes cibles, quelles sont les initiatives existantes. Cherchez à savoir si les besoins que vous pensez exister existent réellement. Et faites en sorte que ce soit faisable et réaliste pour vous. On peut toujours grandir mais se replier est plus difficile. Si vous placez d’emblée la barre très, trop haut, vous risquez de louper votre objectif.

Comment peut-on vous aider ?

Ann - De plusieurs façons. On peut postuler via le site internet en tant que chauffeur ou cuisinier. Les donations sont toujours plus que bienvenues car, avec 2 euros, on peut déjà cuisiner un repas. Nous sommes aussi toujours preneurs d’idées de subventions auxquelles nous pourrions prétendre.

Bert - Oui, spread the word ! Nous travaillons très dur à la réputation de l'équipe de cuisine car c’est fondamental selon nous. Et si quiconque veut travailler avec nous ou a des idées créatives concernant la nourriture, les repas chauds... Qu’on n’hésite pas à nous contacter !

En savoir plus et/ou aider De Koekploeg.