Billet de blog

Evelien Cammaert: entre photographie et installation, apprendre à ralentir.

Le musée M de Louvain propose artists in residence à Cas-Co Louvain et Amplo est fier d’en être partenaire. Nous espérons que cela peut faire une différence et nous croyons fermement que le temps, l'espace et le soutien sont des ingrédients importants pour se développer en tant qu'artiste. Nous avons rencontré Evelien Cammaert, actuellement en résidence dans la salle M de Cas-Co.

Evelien, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Evelien, artiste transdisciplinaire. J'ai étudié la photographie à Bruxelles et la performance et le théâtre à Maastricht. Dans mon travail, je pars souvent de la photographie, au sens large du terme. Je veux transposer les concepts les plus basiques de la photographie (comme le temps, l'espace, la mémoire) dans un travail spatial et performatif. C’est pourquoi j'ai commencé à construire de plus en plus d'installations et à travailler avec de grandes projections. Être capable de regarder lentement ou d'expérimenter quelque chose lentement, surtout dans une société agitée comme la nôtre, c'est ce que je représente. Le temps est un aspect important dans mon travail. Cet élément est fortement présent dans la performance car vous avez littéralement un laps de temps.

Ce mélange entre performance et art visuel a-t-il toujours été votre objectif?

Cela s'est fait progressivement. J'ai toujours été intéressée par le théâtre et la photographie. Dans ma formation à la performance à Maastricht, j'ai soudainement eu toute la liberté que je souhaitais et j'ai réalisé que je pouvais simplement faire mon truc. Je n'avais pas à choisir une discipline, je pouvais créer mon propre langage.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?

Mon travail actuel s'intitule Glowachrome Garden. C'est une installation et une performance qui part d'une série de photos que j'ai réalisées sur film diapositive, fragments de paysages naturels et de jardins. L'installation se compose de grandes projections de diapositives. Trois interprètes (Alice van der Wielen-Honinckx, Joris Perdieus et moi-même) faisons fonctionner les projecteurs et laissons les images entrer en dialogue les unes avec les autres pour créer à chaque fois de nouveaux mondes. En déplaçant des parties de la scénographie dans l'espace, nous créons une composition en constante évolution, dans laquelle vous, en tant que spectateur, pouvez vous promener et prendre différents points de vue. Dans l'espace, il y a aussi un soundscape en constante évolution, des extraits sonores qui font référence à un environnement naturel et qui, comme les diapositives, sont mixés en direct par les interprètes. Dans le processus de création, j'ai impliqué l'artiste visuel Joris Perdieus pour la conception de la scénographie, la danseuse et dramaturge Alice van der Wielen-Honinckx pour la dramaturgie et l'artiste sonore Harpo 't Hart pour la conception sonore.

Normalement, nous allions présenter ce travail en novembre 2020 au Playground Festival, un festival qui se situe à l'interface entre la scène et les arts visuels et est organisé annuellement par M et STUK. En raison du renforcement des mesures liées au coronavirus, le festival a été annulé.J’en ai été dévastée. Il est douloureux de voir l'hyper-concentration mise en œuvre pour concrétiser ce travail s'effondrer soudainement. Espérons que nous trouverons d'autres contextes de présentation, peut-être l'année prochaine au festival Playground.

À quoi ressemble une journée type pour vous?

Je ne peux vraiment pas dire à quoi ressemble ma journée. Chaque jour est différent. Je suis une artiste qui doit avoir quelque chose en tête, qui a besoin d'une sorte de cadre. Par exemple, une résidence comme dans l'espace M fonctionne très bien pour moi. C'est un élément de motivation important. J'essaie constamment de créer ce genre de frameworks et leur mise en place peut déjà constituer un processus très long: tout arranger, soumettre les demandes, beaucoup d'écriture,… J'ai parfois le sentiment d'être occupée à 80% par la mise en place des arrangements et à 20% par la création. Je pense que de nombreux artistes se reconnaitront dans cette image.

Avez-vous une mission?

Oh, oui ... Je pense que chaque artiste a ça quelque part au fond de lui/elle. Faire ralentir les gens, les faire réfléchir, c'est là-dedans que je suis douée. Je fais ce genre de travail parce que j'en ai moi-même besoin dans ma vie, mais je remarque que cela a en fait le même effet sur les autres. Je veux offrir aux gens une sorte de réalité alternative, un mode de vie différent, ne serait-ce que dans une salle de musée et pour une courte période. C'est si important pour moi dans l'art. Si j'ai le sentiment d'avoir vécu une vie différente pendant un certain temps et que je peux donc regarder le monde sous un angle différent, alors je pense que c'est super réussi.

Des conseils pour les autres artistes (débutants)?

Je pense qu'il est important que vous soyez vraiment vous-même, cela semble tellement cliché, mais ça c’est vrai. Et investissez dans des contacts solides. Vous pouvez avoir un réseau très étendu, mais ce sont des relations fortes avec des personnes qui croient en vous qui font la différence. Quand j'ai obtenu mon diplôme, j'ai pu montrer un travail que j'ai pleinement soutenu. Mesut Arslan de Platform 0090 est venu et m’a dit «peut-être que nous pourrons travailler ensemble». C'est ainsi que ça démarre et c'est aussi un regain de confiance en soi. Vous devez apprendre à regarder attentivement votre travail et essayer de l'estimer correctement, car tout part de votre travail. Ça fonctionne à l’introspection. Ça doit entrer en résonnance avec vous-même.

Et enfin, je voudrais conseiller à chacun de réfléchir vraiment à ce dont nous avons besoin en tant que société, en tant que secteur culturel. La crise du coronavirus a tout bouleversé, mais je suis convaincue à 100% que nous avons besoin d'art et de culture. Si vous commencez à regarder l'art, de quelque manière que ce soit, vous vous laissez surprendre. Et nous nous investissons très peu, je pense. Je le remarque aussi chez moi, ces derniers temps je me suis dit de plus en plus souvent: "Evelien, tu dois te donner plus, car c'est possible."

Curieux de découvrir le travail d'Evelien ? www.eveliencammaert.com!

Photo credit: Evelien Cammaert

Museum M & Cas-Co sont partenaires d'Amplo et se concentrent sur le coaching et le soutien de jeunes artistes plasticiens.