Billet de blog

CroquezNous, l’association qui porte les modèles d’art

Le métier de modèle dart titille les imaginations. Corinne Pitet prend la pose depuis 17 ans. Elle a aussi fondé l’ASBL CroquezNous pour fédérer les modèles et défendre la reconnaissance de ce métier quelle aime tant. Elle nous parle de sa réalité, de ses convictions et de ses projets, qu’elle mène avec le soutien d’Amplo.

5 CONSEILS POUR DÉBUTER EN TANT QUE MODÈLE D’ART

Corinne nous livre ses tuyaux pour se lancer :

S’entourer d’autres modèles.

Tout faire sous contrat de travail. Refuser le noir. « C’est un vrai travail avec pénibilité. C’est important d’être assuré·e car on peut se blesser pendant la pose ou en déplacement. »

Ne pas se laisser sous-payer.

Se faire respecter. « Par exemple, refuser les toilettes comme vestiaires, refuser un plaid sale, refuser qu’on dépose des sacs à mains sur le socle (on sait tous qu’ils ont traîné par terre !). »

S’écouter. « Je vais chez le kiné toutes les trois semaines. Car si on se blesse, comme les sportif·ve·s, on ne travaille plus ! »

L’histoire d’une reconversion inspirée

Il y a 17 ans, Corinne était expert immobilier. Puis, avec l’envie de change de carrière, elle s’est retrouvée au chômage. « J’avais peur de l’inertie et je n’avais aucune idée de là où je voulais aller. J’avais deux diplômes en immobilier. Le secteur artistique m’avait toujours attirée mais je ne pensais pas y avoir ma place. J’en ai parlé autour de moi et une amie m’a dit avoir une connaissance qui posait et avait beaucoup de relations, me proposant de la rencontrer. »

À l’époque, trouver un job ou des contacts passe par le papier. « J’ai pris l’annuaire téléphonique et j’ai appelé des artistes. J’ai commencé par quatre heures de pose chez une artiste qui organisait un atelier de sculpture dans son garage avec ses amies. »

La sauce a pris… instantanément ! « J’ai accroché tout de suite. J’ai adoré. Et l’on m’a dit que je posais bien. »

À partir de là, Corinne a commencé à poser régulièrement. « Je travaillais comme régisseuse car je voulais approcher le monde du cinéma. Ces contrats m’ont permis d’obtenir le statut d’artiste. » Corinne espérait avoir là une solution pour pouvoir poser davantage et ce, de manière officielle. « Mais l’ONEM a refusé, déclarant que modèle n’était pas un métier artistique. »

Jamais mieux servie que par soi-même

Corinne a cherché comment obtenir des contrats de modèles. « Statut d’indépendant, d’indépendant complémentaire, RPI, bénévolat… Je me suis renseignée sur tous les modes de rémunération possibles. Finalement, une sculptrice a accepté de me faire des contrats de travail en tant que modèle. Grâce à cela, au bout de deux ans, j’ai réussi à persuader l’ONEM que le métier de modèle était bien artistique. »

« Petit à petit, j’ai créé l’ASBL CroquezNous. C’était il y a une dizaine d’années. J’ai organisé mes propres ateliers, créé des événements, engagé des modèles. Je faisais rentrer l’argent et je me faisais des contrats de travail pour les prestations exécutées. J’organisais par exemple des marathons. J’invitais des artistes à venir dessiner une dizaine de modèles qui posaient les un·e·s après les autres pendant douze heures. »

« Les modèles étaient ravi·e·s de pouvoir se rencontrer car c’est un travail très solitaire, on ne se côtoie pas entre nous d’habitude. »

Un métier solitaire, une association qui fédère

Si le but premier était de régulariser le métier, Corinne a également obtenu l’enthousiasme des modèles pour le côté humain. « Les modèles étaient ravi·e·s de pouvoir se rencontrer car c’est un travail très solitaire, on ne se côtoie pas entre nous d’habitude car, dans un atelier, c’est ou l’un·e ou l’autre qui pose. »

L’association/agence engage à ce moment-là les modèles notamment par le biais du RPI (pour Régime des Petites Indemnités de l'artiste, NDLR). La grosse difficulté est que le statut de modèle n’existe pas. « Sans barème et sans commission paritaire, j’ai tout créé sans aucun repère auquel me fier. » Au fil du temps, Amplo s’est avéré être un partenaire idéal pour obtenir des contrats de travail en bonne et due forme.

« Mon rôle est de veiller à ce que les modèles soient inclus·e·s dans cette réforme (du ‘statut d’artiste’, NDLR) pour pouvoir avoir des barèmes, peut-être une commission paritaire. (...) Mon but est de protéger ce métier. »

 

Un avenir plein d’interrogations après deux années rudes

Le COVID a évidemment mis à mal l’activité de l’agence. C’est un euphémisme ! Ce métier de contact a subi de plein fouet toutes les restrictions jusque récemment. CroquezNous travaille essentiellement avec des ateliers privés. « Je demande un tarif minimum pour payer les modèles d’une façon que j’estime correcte. Les académies ne paient pas ce prix. Avant le COVID, ce système permettait de faire travailler une douzaine de modèles sur l’année, avec une vingtaine de clients. Mais ces ateliers privés, avec lesquels nous travaillons le plus, n’ont pas encore repris. En parallèle, des modèles ont dû chercher un autre travail. Donc je n’ai en ce moment plus d’ateliers à proposer et j’ai moins de modèles. J’attends de voir venir le mois de septembre et surtout cette réforme du statut d’artiste. »

Et si le futur proche est flou, Corinne milite plus que jamais pour ce métier qu’elle aime tant. « Aujourd’hui, mon rôle est de veiller à ce que les modèles soient inclus·e·s dans cette réforme pour pouvoir avoir des barèmes, peut-être une commission paritaire… »

« Mon idée est de créer une plateforme pour mettre en relation les artistes, les ateliers, les écoles et les modèles, en proposant directement des contrats de travail. (...) On pourrait arriver en quelques clics sur un contrat Amplo à remplir. Tout serait très facilement en ordre légalement et dans les temps. »

La créativité naît de la contrainte

Ces incertitudes n’empêchent pas Corinne d’envisager le futur, au contraire. « Mon idée est de créer une plateforme pour mettre en relation les artistes, les ateliers, les écoles et les modèles, en proposant directement des contrats de travail, de vraies conditions de travail. Je voudrais proposer aux modèles d’aller dans divers ateliers plutôt que d’aller toujours au même endroit. Idem pour les artistes, qui pourraient varier de modèles. Et surtout, je voudrais que cela puisse devenir un travail à part entière car rares sont celles et ceux qui en font leur vrai métier comme moi. Beaucoup font cela en complément parce qu’iels sont danseuses, danseurs ou commédien·ne·s et que cela leur donne un revenu supplémentaire assez facile à trouver. Mais cela reste complémentaire. Mon but est de protéger ce métier. »

Ce développement, Corinne l’envisage avec le soutien d’Amplo. « Sur la plateforme, on pourrait arriver en quelques clics sur un contrat Amplo à remplir. Tout serait très facilement en ordre légalement et dans les temps. Puis le client recevrait sa facture. »

En attendant la réforme

La réforme du ‘statut d’artiste’ demandera notamment plus de suivi de la part des artistes. « Moi qui travaille avec des artistes depuis près de vingt ans, je sais qu’ils ne gardent pas tous leurs papiers ! Cette plateforme permettrait d’avoir une trace de tout. La Dimona sera faite, l’ONSS rempli, tout cela de façon automatique. Et je sais d’expérience que ce sera utile pour les modèles que je vois mal conserver ces documents pendant cinq ans. »

Malgré les difficultés, Corinne adore la voie qu’elle a choisie. « Oh, je pourrais en parler pendant des heures ! », nous confie-t-elle. Son enthousiasme est communicatif et on aime, chez Amplo, mettre notre expertise au service de tel·le·s passionné·e·s !

 

MODÈLE D’ART, UN MÉTIER POUR VOUS ?

Que faut-il pour faire un.e bon.ne modèle ? Il ne faut certes pas un corps correspondant aux canons d’Instagram ou des magazines. À la fois donneuse d’ordre et modèle, Corinne nous liste ce qui compte à ses yeux de pro :

Connaître son corps car il faut pouvoir rester immobile, tenir une pose pendant longtemps de façon parfaitement statique.

S’intéresser au travail de l’artiste, à ce qu’iel cherche précisément à créer.

Savoir gérer la douleur. Elle est là tant sur les poses courtes que sur les poses longues. Sur les courtes car alors la pose est plus exigeante, en équilibre souvent. Et sur les longues car toute pose, même la plus confortable au début, dévient inconfortable après trois heures (la durée moyenne d’un atelier). « Après un break, c’est quand on sent que l’on a mal que l’on sait que l’on a retrouvé la position exacte. Il faut être en paix dans cette douleur sinon on devient dingue. »

Pouvoir trouver de nouvelles poses à chaque fois.

Dégager une énergie authentique et palpable. Quelqu’un qui est bien dans sa tête dégagera de meilleures ondes mais les artistes peuvent aussi chercher des modèles torturé·e·s.

Comprendre ce que l’artiste souhaite. « Et même, donner à l’artiste ce qu’iel ne sait même pas qu’iel était venu·e chercher ! Le fil qui se tend alors entre l’artiste et le ou la modèle pendant la séance est très épanouissant. On est en symbiose et tout le monde s’éclate. »

À part cela, tous les corps sont bons ! Handicaps, piercings, tatouages, cicatrices et cellulite sont évidemment bienvenus. « Ce qui compte, c’est l’énergie que le ou la modèle dégage et le fait qu’il ou elle soit bien présent.e ! »