Billet de blog

Amplo nuance les chiffres de sdworx au sujet de l’augmentation des activités dans le secteur évènementiel

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Il y a 6 mois, le secteur créatif est devenu plus silencieux que jamais. Quelques semaines plus tard, l'économie a progressivement commencé à sortir du creux de la vague. Les secteurs créatifs ont suivi à l'exception des événements et des arts de la scène. Ils sont toujours, à l’heure actuelle entravés par des restrictions qui les mènent lentement vers la mort.

Pendant cette période et à deux reprises, nous avons mis des chiffres concrets sur le drame qui était en train de se dérouler sous nos yeux. Par deux fois, nous avons démontré que les événements et les arts de la scène devaient faire face à une diminution moyenne de leurs activités de plus de 90%. En moyenne parce que, pour les organisateurs non subventionnés, il s’agissait d’un arrêt pur et simple des activités. C'est toujours le cas aujourd'hui.

Nos confrères des secrétariats sociaux déclarent aujourd’hui, enthousiastes, que le secteur de l’événementiel a repris ses activités à 60%. Amplo souhaite nuancer ces déclarations.

Les secteurs audiovisuels

Il est vrai que les secteurs audiovisuels (y compris le cinéma, l'animation et la post-production) travaillent à nouveau à un régime soutenu avec une activité comparable à celle de 2019. Cependant, il s'agit principalement d'une vague de rattrapage des productions qui ont été arrêtées ces derniers mois. De nombreuses maisons de production n'osent pas programmer de nouvelles productions cet automne et préfèrent passer à 2021. En effet, les tests positifs surgissent à tout bout de champ et plusieurs plateaux de tournage ont déjà été mis à l’arrêt. Certes, il s’agit là d’une minorité des tournages. Cependant, nous nous attendons à une autre conséquence de cette situation à moyen terme, quand il y aura des trous dans les calendriers sinon surchargés des studios de post-production. Par exemple, parce que les productions tarderont à fournir les images faute d’avoir pu les tourner. Les trous en question peuvent poser des problèmes pendant des mois.

Le ciel s’assombrit également pour le financement du film belge qui représente pourtant une belle success story. Le tax shelter est le moteur de la plupart des productions cinématographiques dans notre pays mais il est alimenté par des entreprises souhaitant y investir leurs bénéfices. Au vu de la situation actuelle, une question se pose : Combien d’entreprises sont à même, aujourd’hui, de générer des bénéfices en suffisance pour en investir une partie dans le tax shelter ?

Des événements et des arts de la scène

Mais revenons aux événements et aux arts de la scène. Celles-ci sont caractérisées par un travail basé sur des projets ce qui signifie, par définition, une activité faite de pics et de creux. Ou, pour employer les termes de l’intérim : «surcroit temporaire du travail». S'il s'avère qu'un secrétariat social sans expertise éprouvée dans ce secteur voit 60% de ses activités dans l'événementiel et les arts du spectacle reprendre, nous ne pouvons que nous en réjouir. Toutefois, quelle fraction représentent ces clients sur l’ensemble du secteur ?

Et, plus important encore, il n’est question ici que du personnel fixe de ces entreprises. Du personnel qui, dans les structures subventionnées, n’a pas pour unique tâche l’organisation d’événements. Le personnel inscrit en permanence au registre des salariés des sociétés événementielles ne représente qu'une infime partie du nombre total des travailleurs concernés. En effet, compte tenu du travail par projets, les équipes des agences d’organisation d’événements sont en grande partie composées d'employés temporaires ou de freelances.

En se basant sur les chiffres des freelances effectivement rémunérés, on constate chez Amplo que, pour la commission paritaire des arts de la scène, par exemple, l’activité plafonne actuellement à 35,19% de ce qu’elle était en 2019 (-64,81%). En avril, en pleine crise, elle plafonnait à un peu moins de 10% (-90% par rapport à 2019).

Pour les événements commerciaux (qui n’ont pas de commission paritaire propre), les chiffres sont encore plus dramatiques. Nous avons extrait quelques fonctions fréquentes dans le secteur et comparé l’activité actuelle (en nombre de jours prestés) à celle de la même période en 2019.

Eté 2020*

  • Comédien.ne: 58,34%
  • DJ: 8,94%
  • Musicien.ne: 24,10%
  • Technicien.ne de scène/stagehand: 11,72%
  • Technicien.ne son/lumière: 19,73%

Ceci est alarmant, surtout à considérer le manque de perspectives d’ici à la fin de l’année. Ces chiffres sont basés sur un nombre de jours ouvrés et ne disent rien de leur répartition (par personne) ou de la valeur de ces contrats. On constate également une diminution de la masse salariale par contrat, ce qui signifie que les emplois les moins bien payés progressent davantage que les mieux payés.

Les événements et les arts de la scène sont loin d'être sortis de la tempête (sans même parler d’être sauvés) et n’en sortiront pas sans mesures de soutien supplémentaires. Certes, une légère évolution est perceptible. Ces profils se trouvaient dans un creux encore plus profond il y a quelques mois mais un creux reste un creux et l’heure n’est pas aux réjouissances.

April 2020*

  • Comédien.ne: 14,61%
  • DJ: 0,00%
  • Musicien.ne: 8,36%
  • Technicien.ne de scène/stagehand: 3,34%
  • Technicien.ne son/lumière: 6,71%

Il est à noter aussi que ce secteur est fortement soumis à la préparation et au préfinancement. Avant qu'une production théâtrale n'entre en scène, il faut souvent un an de préparation. L'organisation d'un festival de musique commence généralement dès la fin de l'édition précédente. Si le secteur ne reçoit pas l’oxygène dont il a besoin aujourd'hui, nous risquons bien de faire face à un été particulièrement frugal et sans culture en 2021. A supposer que le secteur parvienne à se maintenir en vie jusque-là…

Amplo ne conteste pas les chiffres de SD WORX

Amplo ne conteste pas les chiffres de SD WORX car ils sont corrects. Toutefois, il convient de les replacer dans un contexte et de les lire à la lumière d’une nuance importante : le niveau d’activité d’une portion de son personnel fixe n’est pas représentatif de l’activité d’un secteur dans son ensemble. Certainement pas quand il s'agit d'un secteur qui repose en grande partie sur des travailleurs temporaires et des freelances.

*Activité par rapport à 2019